«Le silence qui s’était fait soudain en elle était immense»

Robert Bresson, Mouchette (1967); dal romanzo di Georges Bernanos; Magnificat di Claudio Monteverdi: «L’anima mia magnifica il Signore, e il mio spirito esulta in Dio salvatore»

«Mouchette se laissa glisser sur la côte jusqu’à
ce qu’elle sentît le long de sa jambe et jusqu’à
son flanc la douce morsure de l’eau froide. Le
silence qui s’était fait soudain en elle était
immense. C’était celui de la foule qui retient son
haleine lorsque l’équilibriste atteint le dernier
barreau de l’échelle vertigineuse. La volonté
défaillante de Mouchette acheva de s’y perdre.
Pour obéir, elle avança un peu plus, en rampant,
une de ses mains posée contre la rive. La simple
pression de sa paume suffisait à maintenir son
corps à la surface de l’eau, pourtant peu
profonde. Un moment, par une sorte de jeu
sinistre, elle renversa la tête en arrière, fixant le
point le plus haut du ciel. L’eau insidieuse glissa
le long de sa nuque, remplit ses oreilles d’un
joyeux murmure de fête. Et, pivotant doucement
sur les reins, elle crut sentir la vie se dérober sous
elle tandis que montait à ses narines l’odeur
même de la tombe».

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